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SELON J.-B.-A. SUARD (1733-1817) Pages inédites, 1789-1791 (1) Pol P. Gossiaux Professeur d’Anthropologie à l’Université de Liège. « II est peut-être assez intéressant de voir comment Suard, l'homme le plus sage, le plus consciencieux et le plus indépendant a suivi les progrès de ( Le texte que l'on donne à lire ici forme un très large fragment du volumineux essai sur le Gouvernement de J.-B.-A. Suard, dont nous avons récemment retrouvé le manuscrit (3). Celui-ci se compose de quatre cahiers respectivement intitulés : 1er cahier : Constitution (46 pp. in-4 (4)). 2e cahier : Nature du Gouvernement (152 pp. in-4 (5)). 3e cahier : Monarchie, Aristocratie, Despotisme, - Gouvernement mixte, représentatif, anciens (sic) (168 pp. in-4. (6)). 4e cahier : Supplément (aux trois autres) (74 pp. in4 (7) (8)). La page de garde porte cette mention, de la main de Suard : « 4 (9) cahiers dans l'ordre indiqué à la tête de chacun à relier en carton en un seul volume avec ce titre. GOUVERNEMENT. » (10). L'unité que le titre entend conférer au recueil n'en saurait voiler le désordre : le texte consiste en une suite de dissertations dont la série est ordonnée davantage par la logique des thèmes que par une dialectique véritable. La doctrine n'atteint sa cohérence qu'au prix de multiples répétitions qui réitèrent les mêmes axiomes et semblent n'investir de nouveaux champs discursifs que pour réaffirmer la valeur de ceux-ci. Interpolé de nombreuses citations parfois isolées, constellé de références mal dégagées du discours, le texte ne fut donc jamais, de toute évidence, destiné à l'édition. Ce ne sont pas cependant des réflexions de premier jet. La netteté de l'écriture, l'absence presque complète de ratures, la disposition générale de la surface écrite, l'intervention fréquente d'une main étrangère - celle d'un secrétaire ou d'un copiste - le prouvent assez. Aussi soupçonne-t-on que ces cahiers eurent peut-être une autre fonction que de répondre à l'exigence d'une mise en ordre personnelle. Est-ce trop d'imaginer qu'ils furent destinés aux amis politiques de Suard, qui purent y trouver, en un temps où leur cause semblait devoir encore triompher (1789-1791), les éléments d'un langage commun, ou simplement un fonds de références mutuelles. Le manuscrit se laisse aisément dater, en effet. S'il ne porte qu'une seule allusion à un fait clairement désigné (les journées d'octobre 1789), il se réfère aux périodiques et aux journaux de l'époque avec une telle régularité qu'il est permis d'en délimiter avec précision la période de rédaction. Celle-ci dut coïncider avec la durée de l'Assemblée Constituante elle-même (11). Suard semble alors avoir été saisi d'une véritable passion doctrinale : outre l'essai que nous présentons, il réunit les matériaux d'un ouvrage sur En réalité - c'est un fait que l'on ignore généralement -, Suard songeait depuis longtemps à attacher son nom à un corpus politicus qui fût la synthèse de tous les autres. « Je me suis occupé toute ma vie des études politiques qui partageaient mon temps avec les objets littéraires - confiait-il à Garat. Je réservais pour ma vieillesse l'occupation de rédiger les matériaux que j'avais amassés ; la révolution a arrêté ce travail : j'étais entraîné par le torrent des événements dans les quinze premières années ; le despotisme de Bonaparte m'en a détourné ensuite... » (13). Suard se plaisait à rappeler que Montesquieu lui-même l'avait un jour engagé à poursuivre l'œuvre de laquelle le philosophe de C'est l'ouvrage de J.L. Delolme, Suard passa bientôt pour l'un des meilleurs spécialistes des institutions et de la législation de l'Angleterre. Ses trois voyages à Londres, l'empressement avec lequel le recherchaient les philosophes et les politiciens anglais et américains (Hume, Walpole, Wilkes, Smith, Shelburne, Douglas Stewart, Gibbon, Franklin, etc. (17)) qui visitaient Ses amis partageaient, pour la plupart, son admiration. Bien avant 1789, les salons de Necker et de De Vaisnes, dont il était familier, formaient de véritables cercles politiques où l'on rêvait de réformes « libérales » qui visaient toutes, à imposer à Dès que la décision fut prise de réunir les Etats Généraux, de nombreux cercles politiques se constituèrent. Suard en fréquenta plusieurs. Celui du fermier général Boulogne, qui se tenait toutes les semaines et où se retrouvaient notamment, Dupont de Nemours et Lavoisier. Celui de Morellet qui réunissait à l'époque des esprits aussi différents parfois que Roederer, Talleyrand, De Vaisnes, Garat, Pastoret, Trudaine jeune, Lacretelle, etc. « Cette espèce de conférence se tenait - rapporte Morellet - d'une manière édifiante. On y discutait le plus souvent sans disputer; on y apportait des observations écrites ; on y proposait de grandes questions... » (18). Le manuscrit que nous présentons ici fit-il l'objet de lectures au sein de ces « conférences » ? Le fait expliquerait le caractère du texte, qui ne fut peut-être à l'origine que de simples « dissertations » séparées dont la réunion seule laisserait apparaître les ruptures et les répétitions. Le rejet par l'Assemblée du projet de constitution élaboré par les « monarchiens » (21), les journées du 5 et du 6 octobre 1789 (22), le succès des partis républicains, le renvoi - enfin - de Necker, l'incitèrent à un repli - tout provisoire. Aussi bien s'était-il déjà désolidarisé de ses amis Clermont-Tonnerre et Malouet lorsqu'ils avaient créé, à la fin de 1789, le Club des Impartiaux. Il rédigea, à ce propos, quelques pages sur la « véritable » impartialité, qui furent recueillies par « Le véritable impartial ne cherche point à former de coalition : il reste isolé [...]. Lorsqu'on embrasse un parti [...] il faut faire le sacrifice de son opinion et s'engager à n'en n'avoir jamais [...]. L'homme impartial est le seul qui conserve toujours la sienne et qui ait véritablement une opinion à lui » (23). Il accepte pourtant de collaborer à l'éphémère Médiateur de Fontanes, le journaliste en titre des Impartiaux. En septembre 1791, le ministre Montmorin imagine de réunir une « conspiration » de Journalistes « modérés » dont l'action serait dirigée contre les Jacobins : l'on chercherait à les détruire dans l'opinion publique « par le ridicule et le raisonnement », tout en soutenant activement les Feuillants. L'on tenterait, de plus, de « réunir le peuple » sur une « déclaration » à laquelle le Roi se soumettrait. Rivarol met la stratégie au point, Suard rédige le plan. Mais jugé trop peu constitutionnel, trop favorable au parti de L'intention ne semble pas, pourtant, en avoir été abandonnée. Suard renforce son action dans les journaux auxquels il collabore. De plus, s'il fallait en croire Brissot, il devient alors l'un des meneurs d'un « petit club secret soudoyé par Or, il est vrai que Morellet publia dans le Journal de Paris (mai 1792), avec les encouragements formels de Suard, une mordante dissertation contre Voilà qui semble bien répondre à la stratégie imaginée par Montmorin et Rivarol. Le 10 août 1792, Suard, vêtu de l'habit des Gardes Nationales, se porte avec sa section au secours du Roi. Sous C'est là que Condorcet proscrit, vint le 25 mars 1794, lui demander asile (?). Suard, qui avait rompu avec son ancien ami (27), s'engage à lui fournir un passeport. Il l'obtint en effet de Cabanis, par le truchement de Garat. Mais il n'eut jamais l'occasion de le remettre à Condorcet : celui-ci, arrêté au lendemain de sa visite à Fontenay, s'était empoisonné dans sa prison de Bourg Le 9 Thermidor mit un terme à sa retraite forcée. A la tête des Nouvelles Politiques (29), il reprend sa campagne en faveur d'une monarchie mitigée et s'en prend bientôt à Il va jusqu'à publier quelques notes acides sur d'anciens conventionnels, toujours influents - Sieyès, notamment (c'est là, selon Morellet, la source de ses malheurs futurs (30)). Il est avec Ses activités semblent bientôt suspectes : des accusations de « conspiration » circulent. Suard soupçonne Sieyès d'en être la source, et le somme énergiquement, mais en vain, de s'en ouvrir publiquement (31). Au lendemain du 13 Vendémiaire (an IV), il se voit décrété d'accusation par le jury de Paris. Il se cache chez Mme Lavoisier (encore en deuil de son mari) puis à Fontenay, jusqu'au jour où sur un rapport de Rewbell, alors ministre de Simple répit : il se trouve compromis dans le coup d'état manqué du 18 fructidor et proscrit avec 35 autres journalistes « prévenus de conspiration contre la sûreté intérieure et extérieure de Beaucoup de ceux-ci, enfermés dans des cages de fer, furent déportés à Cayenne, puis à Synamari (33). Suard, accompagné de sa femme, avait quitté Paris depuis plus de quinze jours sur les instances de Mme de Staël pour se rendre à Coppet auprès de Necker. Ils ont là de longs entretiens sur les avantages respectifs de la république et de la monarchie (34). Sur Bonaparte en qui ils devinent - déjà - le dictateur : « il est certain, écrit Garat, que dans ces entretiens, fut conçu par M. Necker le projet de son dernier et de son plus bel ouvrage » - soit ces Dernières vues de politique et de morale (1800) qui irritèrent tellement le futur Napoléon (35). Necker, Suard et Meister projettent de terminer leurs jours à Coppet lorsque Mme de Staël mande à son père, de Paris, que les armées du Directoire se disposent à envahir Suard, seul (sa femme était retournée à Paris pour tenter de sauver leurs biens), prend le chemin du Nord : il séjourne à Morat, passe l'hiver 1798-1799 à Tübingen, et après avoir hésité pour Weimar, se réfugie à Anspach où se trouvaient déjà plus de deux cents de ses compatriotes. Là, le temps semblait aboli. L'ancienne cour désertée par le margrave (36) retentissait encore des airs tendres de Grétry. Et dans leur vertige, le régime des Rois semblait figé pour jamais. Suard et sa femme (qui l'a rejoint) organisent des fêtes où les émigrés oublient la mélancolie de l'instant (37). Le coup d'état du 18 brumaire donne à Suard la liberté de rentrer en France. Il y reprend la direction du Publiciste, qu'il veut aussi neutre que possible. Il ne peut s'empêcher pourtant de laisser affleurer les signes de sa secrète antipathie à l'égard du Régime. Bonaparte aurait aimé le séduire. Il avait multiplié les avances : les bronchements du journaliste semblaient d'autant plus graves. Celui-ci dut renouveler, durant deux ans, les protestations de la plus naïve des innocences. La lassitude seule justifie ces phrases, qu'il adresse au Consul : « Je ne tiens par aucun intérêt à l'ancien régime et par aucune théorie à telle ou telle forme de constitution. Mes réflexions m'ont appris que le gouvernement était une chose d'expérience et de pratique. Le passage de l'anarchie à l'ordre est toujours accompagné de tant de maux que je respecte tout gouvernement par cela seul qu'il est établi » (38). Ou encore: « Etranger dans tous les temps à tous les partis que j'ai toujours méprisés, je n'ai été attaché à aucun système, à aucun individu, à aucune famille. Je n'ai jamais voulu qu'un gouvernement solide qui mit un terme à l'anarchie » (39). Mais lorsque Bonaparte lui fit demander par Moret, duc de Bassano, « deux articles de journal propres à redresser l'opinion publique sur quelques points où elle s'égare en ce moment » (40) - soit le procès du général Moreau et l'exécution du duc d'Enghien - Suard eut l'audace de refuser. Il y mit un certain panache puisqu'il alla jusqu'à dire qu'il partageait l'indignation générale : il fut démis de son poste de rédacteur du Publiciste (arrêt du I vendém. an XIV, signé Fouché). Comme secrétaire perpétuel de * * * * *
Mais peut-être n'est-ce point là que réside son principal intérêt. Le texte de Suard s'offre à l'analyse comme la synthèse éclectique des thèmes les moins conciliables en apparence de Qu'une telle fonction ait été réservée à Suard ne surprendra pas si l'on se souvient que placé au centre d'un réseau de relations intellectuelles extraordinairement ramifié, il devient lui-même le personnage d'un groupe, voire d'une collectivité : « écrite dans toute son étendue - affirme Garat - sa vie serait liée à presque tout ce qui s'est fait, tout ce qui est arrivé de grand et de mémorable dans le dix-huitième siècle » (42). Et de la pensée d'un simple journaliste, d'un écrivain dont la valeur tient peut-être dans son refus d'originalité, Garat a pu tirer le prétexte d'une histoire de la « révolution » tout entière des idées du siècle. L'influence de Suard n'est pas douteuse : manifeste dans l'œuvre du journaliste, « introducteur de la littérature anglaise en France », du traducteur (Lady Montague, Hume, Robertson, le commodore Byron, J. Millar, Cook, Smith, etc....), elle s'est exercée également par une action souterraine qui n'a laissé parfois que peu de traces : s'il ne collabore pas à la première Encyclopédie, Suard en suit attentivement l'élaboration grâce à d'Alembert et à Diderot, auxquels il est étroitement lié. Il contribue - même s'il n'intervient que pour la correction du style - à l'œuvre de Raynal, d'Helvétius, de d'Holbach. Il participe aux travaux de Necker, et sans doute de Malouet, d'une manière étroite. Il est de ceux qui inspirent la seconde Encyclopédie (1781 sv.), dite « Méthodique » - celle de Panckoucke, de laquelle nous semble-t-il, l'histoire littéraire n'a pas mesuré toute l'importance. Avec Raynal, Malouet, Fleurieu, il imagine le plan d'une « réforme générale de l'humanité » qui l'engage à concevoir le projet d'une nouvelle Histoire générale des Navigations - ébauche, en réalité, d'un discours ethnographique global du monde sauvage, etc. (43). Mais les marques que Suard a pu imprimer à son siècle cèdent en insistance à celles qu'il en a reçues. Lorsque Garat publia en 1820, ses Mémoires historiques sur le 18e siècle et sur M. Suard, la critique, qui ne pouvait plus apprécier, à près d'un demi-siècle de distance, la puissance réelle de Suard et le rôle qui fut le sien, s'est gaussée du choix de ce « héros ». Villenave rapporte ces mots qu'il attribue à un journaliste du temps : « Garat n'a d'autre tort que d'avoir été parmi tant de héros choisir un Childebrand. D nous montre M. Suard en contact perpétuel, depuis 1750, avec les savants, les littérateurs et les hommes d'état les plus distingués de l'Europe : il touche à tout ce qui se meut, mais sans rien ajouter au mouvement, sans même en recevoir l'impression ; il n'est pas tout-à-fait stationnaire : il semble pourtant immobile » (44). Le jugement est peut-être excessif. Mais il n'est pas, selon nous, sans pertinence. Suard, bien que dispersé, partagé par l'amitié et la vie des salons, garde le goût de l'anonymat et de la solitude (45). Une secrète mélancolie le rendait étranger à tout. Il reçut de son siècle toutes les influences à la fois, mais il sut toujours ménager en lui une distance qui en annule les effets extrêmes. Ainsi put-il se donner un discours intérieur éclectique où se polarisaient et s'amortissaient les idées de son groupe dans une sorte d'immobilité impassible - en effet. Garat avait fort bien saisi le nœud subtil de la psychologie de son maître : « Quel était - demandait-il - le secret ou l'art de M. Suard, pour ressembler si peu aux autres et pour plaire ainsi à tous ; [...] M. Suard n'avait presqu'en rien de parti pris à l'avance ; il écoutait tout comme s'il l'entendait pour la première fois ; suivant une expression très-vulgaire et très-philosophique, il se laissait faire ; il arrivait de là qu'il sentait tous les motifs d'une opinion qu'il combattait aussi distinctement que tous ceux de l'opinion qu'il défendait. Entre ceux qui n'osaient pas assez et ceux qui osaient trop, il poussait les uns, il arrêtait les autres, il se tenait à égale distance des excès de l'audace et des peurs de la circonspection ; il ramenait toujours la pensée à ce qu'elle est dans son étymologie, à UNE BALANCE » (46). « Il avait pris toutes ses hésitations à Bayle », conclut Garat. L'on sait en effet que Suard, enfermé à 17 ans, durant dix-huit mois, dans les geôles de Sainte Marguerite, n'eut pour lecture que Bayle et Calmet (Les Commentaires de Mais si Suard est sceptique avec Bayle, empirique avec Bacon (duquel il réclamait volontiers son ascendance spirituelle), il redevient systématique avec Newton. De même son ontologie est matérialiste, comme celle de Diderot et d'Holbach ; mais il est proche de Rousseau pour célébrer un Dieu identique. Disciple attentif de Voltaire, l'intolérance et l'injustice le bouleversent : mais il croit avec Necker à la nécessité politique des religions - qui consolent les classes défavorisées de leur infortune (47). Partisan farouche des « Lumières », persuadé avec Helvetius et Condorcet que seule l'instruction et la science donnent à l'humanité l'espoir de son renouveau (car il croit à un « renouveau » de l'espèce), il est adversaire de la liberté totale de la presse et prône la censure d'état. Avec l'ensemble des économistes, il soutient que le commerce est l'un des fondements de la liberté politique, mais il n'est pas toujours favorable à la liberté du commerce. Il s'émeut des protestations de Pechméja contre l'esclavage des nègres (48), mais il pense avec Malouet (49) que l'abolition doit en être lente et progressive. Le même éclectisme commande sa politique. Politique de Suard Suard entend tout d'abord écarter son discours de toute référence à une métaphysique de la liberté et refuser ainsi l'axiomatique du contrat social, qui réclamait d'un « état de nature » idéal (mais chimérique) ses régulations absolues. Il s'oppose donc à la tradition qui s'affirme dans la continuité du discours du Droit Naturel (50), de Pufendorf à Rousseau, d'Harrington à Locke, pour récupérer les concepts plus empiriques d'un Montesquieu ou d'un Hume dans la descendance d'Aristote, de Bodin et surtout de Temple - dont l’Essay upon the original and nature of Governement (1680) marque profondément sa réflexion. C'est d'une théorie du pouvoir pur que Suard exige tout d'abord la sanction de sa philosophie du fait politique. Or, avec Hobbes et Spinoza, il conçoit le pouvoir (du moins le pouvoir « naturel » ou « originel ») comme prédicat simple de la force : expression métonymique de l'énergie physique. Un tel concept suffît à affirmer la séparation radicale de l'ordre moral et de l'ordre politique de fait, pour subordonner celui-ci à des modèles strictement physiques ou mécaniques. Ainsi la cosmologie de Newton met en jeu deux forces opposées dont l'antagonisme seul préserve l'équilibre du système du monde : Suard en infère aussitôt le principe de la nécessité absolue de la division du pouvoir : « L'ordre social, écrit-il, comme l'ordre des sphères célestes, n'est pas le produit d'une seule force et des mêmes mouvements, mais le résultat combiné de plusieurs mouvements libres. Voyez ces grands corps se mouvant à travers l'espace du Ciel dans des orbites régulières, croyez-vous que cette belle harmonie que nous contemplons avec admiration soit le produit d'une seule force et d'un même mouvement ? Anéantissez cette force de projection qui balance celle de la gravitation et celle-ci aussitôt, précipitant toutes les parties de la matière vers un centre détruira cet ordre admirable et confondra tout en une masse uniforme et inerte. C'est ce qu'on tend à faire en politique quand on veut soumettre toute l'action du Gouvernement à l'impulsion unique d'une seule puissance... » (51) La tentation de chercher dans la mécanique céleste la sanction des règles sous lesquelles le monde anthropologique - singulièrement politique - était appelé à découvrir sa propre rationalité, appartenait, on peut l'affirmer, aux lieux communs de l'épistémologie politique des Lumières. S'il est certain, comme on l'a souligné plus haut, que Suard en découvrit une illustration impressionnante dans l'œuvre de Delolme ; il put la rencontrer aussi chez Montesquieu (52), Voltaire (53) et davantage encore John Adams(54), que Suard allègue abondamment. Mais la plupart de ces auteurs ne découvraient dans le champ cosmologique qu'une projection rhétorique de l'espace politique - un jeu de métaphores. Suard y décèle, lui, les paradigmes authentiques des structures logiques du pouvoir. La définition même du pouvoir semble pourtant invalider le principe de sa séparation : s'il est, en effet, la somme des forces de chacun des individus qui constituent la société, il s'affirme comme une puissance indivisible, une souveraineté unique. Suard accepte la définition, mais il en récuse la suite logique (le principe de la souveraineté du peuple tout entier) et son corollaire : le principe d'une démocratie contractuelle. Pour reconnaître au corps politique le droit d'exercer comme tel, souverainement, le pouvoir, il faut supposer que chacun de ses membres détienne la même force originelle - soit que tous les hommes naissent égaux et libres. C'est ce que nie Suard. L'égalité « naturelle » est un Droit, non un fait. Avec Aristote, Bodin et surtout Temple, il postule que la société existe avant l'individu et qu'elle insère celui-ci dès sa naissance, dans un réseau de servitudes et de dépendances dont les hiérarchies commandent les formes originelles des gouvernements « naturels ». Ainsi souligne-t-il la force des liens de dépendance naturels qui soumettent les enfants à leur père, les femmes aux hommes, etc. Le texte de Suard retrouve ici non seulement les références que l'on vient de rappeler mais quelques-uns des thèmes fondamentaux à l'ethnologie contemporaine. Ainsi, J. Millar - dont Suard avait traduit les Observations sur les Commencements de Dans les sociétés « naturelles », le pouvoir revient donc aux patriarches, qui non seulement détiennent l'autorité mais finissent par commander la circulation des biens de consommation et des richesses dont dépend, en dernier recours, l'existence même de la cité. De leur pouvoir dérive, à son tour, celui des rois originels, selon le schéma banal : « L'état de nature est l'état de société ; l'homme n'arrive pas au monde dans un état solitaire : un fils naît à côté de son père et voilà l'état de nature ; le père commande à ses enfants et gouverne les intérêts de la famille : voilà le gouvernement; mettez deux familles sorties de la première a côté l'une de l'autre, voilà l'association civile » (56). Cependant, si l'autorité qu'exercent les patriarches sur leur famille peut être reçue comme « naturelle », celle des rois primitifs est-elle, par essence, arbitraire. Même lorsque cette autorité repose sur des principes dérivés, tel l'opinion, la crainte, le respect, etc. (57), elle n'est jamais que l'expression de la force et s'oppose comme telle au pouvoir réel que détient la cité. Or, jamais le droit ne peut émaner de la force : « La force est une qualité physique ; le droit une qualité morale. Entre deux essences si distinctes, il ne peut pas exister la relation de cause et d'effet. Quoique la force puisse investir du pouvoir, elle ne peut pas plus transmettre un droit que le son d'une trompette ne produira le goût miel. Si la force donnait les droits, ils changeraient avec elle, et la faiblesse n'en aurait aucun » (58). Le pouvoir primitif est donc illégitime. Et les lois d'un tel régime sont, par essence, les expressions illégitimes de la force seule : c'est pourquoi Suard postule, avec Montesquieu, que l’état social est, par essence, un état de guerre (59). L'exécution des lois dans cet état, serait impossible si l'autorité ne se donnait des instruments de répression extrêmement durs (après Hobbes et Spinoza, Suard y admet la torture et les supplices) et ne s'entourait d'apparats destinés à inspirer la crainte et la terreur. Mais dans ces sociétés où l'autorité condensée entre les mains d'un seul se mue en tyrannie, le principe du pouvoir se dissout dans l'esclavage que celle-ci commande fatalement. De tels régimes sont appelés, logiquement, à disparaître. Le principe d'une évolution qui engagerait l'humanité dans un nouvel ordre politique s'affirme progressivement dans le discours de Suard (60). La série diachronique ainsi supposée se donne comme la transcription politique du scénario anthropologique du passage de la nature à la culture, du régime de la passion à l'ordre de la raison, selon ce schéma :
La légitimité du pouvoir des régimes « culturels » repose sur le consentement de tous, soit qu'il l'exprime (législatif) soit qu'il s'exerce par lui (exécutif ou « actif »). Le manuscrit s'ouvre, du reste, sur l'évidence de ces principes où Suard récupère les axiomes du Droit Naturel, jugés tantôt trop idéaux, et rencontre sur de nombreux points Rousseau lui-même. Néanmoins, Suard persiste à récuser la possibilité d'un contrat social - et donc d'un gouvernement purement démocratique. Les structures mêmes du contrat social ne sauraient assurer les assises que des sociétés purement artificielles : celles de l'Utopie, où chacun aurait les mêmes droits, où tous accepteraient les mêmes devoirs. Les ruptures hiérarchiques des sociétés constituées s'opposent, en fait, à leur mise en place : l'ordre des inégalités acquises ne saurait en être aboli, même lorsque ces sociétés accèdent à leur maturité « culturelle ». La propriété, par exemple, y fonde sa légitimité sur le travail (qui n'est cependant que l'inscription de la force sur la matière) et s'y donne comme un droit imprescriptible. Or « sous quelque gouvernement que ce soit, la manière dont sera divisée la propriété déterminera la nature et le degré de force des lois : la puissance sera dans les mains de ceux qui auront une plus grande propriété, c'est-à-dire, plus d'argent... » (62), et loin de pouvoir y remédier, les lois « devront garantir cette inégalité » (63). C'est sur ce point précis que la rupture de Suard avec l'idéologie de Le maintien des hiérarchies apparaît donc comme la condition même de l'état social. Les sauver, tout en y ménageant l'assomption absolue du Droit, tel est le propos - peut-être insoutenable - que se donne désormais Suard. De tous les types possibles de gouvernements, le démocratique « simple » apparaît, sur ce postulat, le plus mauvais de tous. Les instances en seront en effet rapidement contrôlées par les plus forts pour se muer en instruments purs d'asservissement. « La démocratie est pire que le despotisme » (65) : elle renvoie la société à la sauvagerie de la nature. Car telle devrait être la révolution véritable. Non pas une redistribution des richesses, mais l'acquisition d'un savoir, l'éveil d'une conscience. Suard ne doute pas que l'éducation collective, éclairée par cette « philosophie » à la diffusion de laquelle il croira contribuer jusqu'à la fin, ne soit le creuset de cette métamorphose collective. Mais avant que les dieux démocrates - chers à Rousseau (66) - ne naissent de cette lente discipline, le champ politique se referme sur des sociétés provisoires, sans cesse menacées de déraison. Pour éviter que la sauvagerie n'y réaffirme sa maîtrise, il faut la priver de son pouvoir. Lui laisser, certes, le droit de son Langage, soit de La division des pouvoirs entre le peuple et le prince réalise par anticipation et pour le projeter dans l'ordre clos des structures immanentes de l'être politique, le passage vainement attendu de l'état barbare à l'état culturel : le prince assure l'ordre, représente la raison et Telle axiomatique inspire ailleurs la théorie du « despostisme éclairé ». Suard n'y est cependant pas favorable. Dans le régime qu'il défend, le monarque ne règne que par délégation : la légitimité de son pouvoir repose sur le consentement « du plus grand nombre » - sinon de tous. Son autorité est strictement limitée par les lois constitutionnelles, soit par la volonté générale. Le monarque peut donc être révoqué lorsqu'il en trahit les décisions. Le pouvoir demeure donc en dernier recours entre les mains du peuple, même si celui-ci doit errer. Seul ce principe garantit dans une société hiérarchique les droits fondamentaux de l’homme - NOTES 1) Nous exprimons notre très vive gratitude à Mlle le Prof. I. Simon (ULg), à M. le Prof. A. Nivelle (ULg) et à M. le Prof. J. Vercruysse (V.U.B.), qui ont facilité notre recherche. 2) Mémoires de Condorcet sur 3) Nous l'avons découvert dans un dépôt inexploré depuis plusieurs décennies de 4) Soit 5) 6) 7) Cotées 1-24, 27-73, 74 non ch. Le f. 25- 8) Le manuscrit est, au trois quart, autographe. L'écriture a été authentifiée par comparaison avec des Lettres de Suard conservées à 9) 4 devant cinq, biffé. L'examen de la reliure indique en effet que le recueil ne fut jamais composé que de quatre cahiers. 10) L'ouvrage a été relié selon les indications de Suard. Nous avons retrouvé dans les plats des fragments d'éd. parisiennes de c. 1785. 11) Jusqu'à la fin de son existence cependant, Suard n'a cessé d'ajouter au texte primitif de nouvelles réflexions, notes, références, etc. - toutes destinées à confirmer sa pensée, qui jamais ne se trouve modifiée. On relève des références à des ouvrages datés de 1796, 1798, 1799, 1801, 1810, la dernière est de mars 1817. 12) Seul le manuscrit décrit ici fait allusion à ces travaux : cf. cah. 13) D.-J. Garat, Mémoires Historiques sur le XVIIIe Siècle et sur M. Suard, Paris, A. Belin, 2e éd., 1821, t. II, p.448. 14) Constitution de l'Angleterre ou Etat du Gouvernement Anglais, comparé avec la forme républicaine et avec les autres monarchies de l'Europe. L'ouvrage, remanié et traduit en anglais (1775), eut de nombreuses rééditions. Sur Delolme, cf. J.-P. Machelon, Les idées politique de J.-L. Delolme, Paris, PUF, 1969. 15) Sur les réserves de Suard, cf. Mémoires de Condorcet, cit, t. I, pp. 302-303. 16) Garat, op.cit., t. I, p.75. 17) La correspondance de Suard avec Wilkes a été éditée par G. Bonno (Berkeley, University of California Press, 1932, viii-120 pp) ; M. Baridon a récemment éd. « Une lettre de Gibbon à J. B. A. Suard » (in Etudes Anglaises, 1971, janvier-mars, pp.79-87). 18) Mémoires (inédits) de l'Abbé Morellet ... ; Paris, Baudouin, 1825, t. I, p. 348. 19) Relevons ici que Suard fut nommé « un des premiers électeurs du tiers-état de la ville de Paris ». « Il ne chercha point - dit 20) Contrairement à ce que donne à penser A.-C. Hunter, J.-B.-A.Suard. Un introducteur de 21) Sur ce projet, cf. la « Notice historique sur J.J. Mounier » en tête de J.J. Mounier, De l'influence attribuée aux Philosophes, aux Francs-Maçons et aux Illuminés sur 22) Cf. le texte de Suard, pp. 235v. 23) In Mémoires de Condorcet, cit., t. II, pp.96 sv. 24) Mémoires de Condorcet, cit., t. II, pp. 142 sv. 25) Brissot, Mémoires, Paris, Firmin-Didot, 1877, p.39. 26) Morellet, Mémoires, éd. cit., t. I, p.400. « L'on n'attaquait pas impunément Brissot et consorts - ajoute Morellet, mais Suard en avait le courage comme moi ; et il dirigeait encore le Journal de Paris ». Ceci dit, nulle allusion, chez Morellet au « club secret » dénoncé par Brissot. L'inimitié entre Brissot, Suard et ses amis était ancienne. Brissot lui-même en fait remonter l'origine à l'époque où ce qu'il appelle le clan des « panckouckistes », dont Suard lui semblait être l'âme, s'était uni pour retirer à son protecteur Linguet la rédaction du Journal de Politique et de Littérature (cf. Brissot, Mémoires, éd. cit., pp.59-64). Brissot « aurait parié » dès cette époque que « le jour où la liberté détruirait les abus qui leur étaient profitables, les Marmontel, les Morellet, les Suard, déserteraient la cause de la liberté » (Op. cit., p. 101). En fait, Brissot avait été l'intime ami de Mme de Genlis et avait cabalé avec elle dans la faction de d'Orléans. Ses vaniteuses critiques à l’encontre de Voltaire avaient désigné l'auteur d'Adèle et Théodore aux sarcasmes des « encyclopédistes » (le clan désigné par Brissot). Enfin, Brissot avait attaqué en 1786, les Voyages en Amérique de Chastellux, l'un des amis les plus chers de Suard et de Morellet. Celui-ci avait rédigé à cette occasion contre Brissot une violente diatribe - qu'il laissa pourtant dans ses papiers (cf. Morellet, Mémoires, éd.cit., t. I, p. 322). 28) Cette affaire est longuement rapportée par Mme Suard dans ses Essais de Mémoire sur M. Suard (nouvelle éd., Paris, F.-Didot, s.d., pp. 204-207), dans une « Notice » qu'elle a mise à la tête d'une édition des Oeuvres posthumes (1825) de Condorcet, et par Morellet (Mémoires, éd.cit., t. II, pp. 1-9). L'attitude de Suard lui valut d'amers reproches : l'on en a parfois imputé la « lâcheté » à sa femme (cf. la venimeuse notice de Michaud Jeune dans le Supplément de 29) Suard s'était associé, en novembre 1792, aux rédacteurs (Dupont de Nemours et Barante) de ce journal - qui devint Le Nouvelliste au lendemain du 18 fructidor, puis successivement, Le Narrateur Universel, Le Narrateur Politique, et enfin Le Publiciste. 30) Mémoires, éd.cit., t. I, p.414). 31) Nouvelles Politiques du 29 prairial, an III (18 juin 1795) ; cf. Morellet, op.cit., t. I, pp.412-414. 32) Cf. Hunter, op. cit., p. 134. 33) Cf. Le Journal de Ramel (1798) et l'Histoire du 18 fructidor (1821) de Delarue. Beaucoup périrent à Synamari. 34) Mémoires historiques…, cit., t. II, p.410. 35) Bonaparte soupçonna Mme de Staël d'y avoir mis la main et c'est - dit-on - l'origine des tribulations de l'auteur de l’Allemagne. 36) Suard avait été en correspondance avec le margrave d'Anspach-Bayreuth. Celui-ci, après avoir vendu Anspach au Roi de Prusse, s'était installé en Angleterre. Mais Suard avait conservé quelques amis parmi les membres de l'ancienne cour. (La correspondance littéraire de Suard avec Anspach-Bayreuth a été publiée par G. Bonno (Berkeley, 1934 ; in 8°) 37) Mme Suard, Essais de Mémoires ..., cit., pp.234-4. 38) « Lettre (s.d.) au Premier Consul », in : Nisard, Mémoires et correspondances historiques et littéraires, Paris, M. Lévy, 1858, p.34. 39) Autre « Lettre (s.d.) au Premier Consul », id. loc., p.38. 40) Cf. Garat, op.cit., t. II, pp.428-430. 41) Le fait lui a été vivement reproché. Cf. pour plus de détails, la méprisante Lettre à M. Aimé-Martin sur MM. Suard et Delambre et sur la réorganisation de l'Institut en 1816, par Fr. Grille (Angers, 1846). Les activités littéraires de Suard, après son retour d'Anspach, furent encore très riches. Il publie des Mélanges de Littérature (Paris, 1803-1804, en 5 vol.), édite de grands classiques ( Nous ignorons s'il continue à collaborer à l'éd. de l'Encyclopédie Méthodique. L’on trouvera, in : R. de Luppé, Mme de Staël et J.B.A. Suard. Correspondance médite (1786-1817), Genève, 1970, de nombreux détails sur les dernières années de la vie de Suard. 42) Op.cit., t. I, p. 5. 43) Nous préparons une étude sur ce projet où furent également associés Démeunier et sans doute Condorcet et Garat. 44) Biographie Universelle, S. V. Garat (t. 65, pp. 131-132). 45) Tous ses contemporains ont relevé ce trait. Il est significatif que, des rares œuvres personnelles de Suard, l'une s'intitule « Lettres de l'anonyme de Vaugivard », l'autre « Pensées d'un solitaire des Pyrénées ». 46) Op.cit., t. I, pp. 250-251. 47) Cf. Necker, De l'Importance des Opinions Religieuses, Londres, 1788, ch. 1 et 2. 48) In : Raynal, Histoire Philosophique des Deux Indes, Liv. XI. (éd. de Neuchâtel, 1783, t. V, pp.193 sv.). 49) Cf. son Mémoire sur l'esclavage des Nègres dans lequel on discute les motifs proposés pour leur affranchissement ceux qui s'y opposent et les moyens praticables pour améliorer leur sort (Neufchâtel, 1788). 50) Cf. G. Gusdorf, L'avènement des sciences humaines au siècle des Lumières, P. Payot, 1973, pp. 497-519, et notre Anthologie de 51) Mss. Cahier I, « Constitution », pp. 9-10. 52) Cf. Esprit des Lois, Part. I, Liv. I, ch. I. 53) Cf. notamment : Pensées sur l'administration publique, XXVI, et Idées Républicaines, XXVI. 54) Cf. Défense des Constitutions Américaines ou de la nécessité d'une balance dans les pouvoirs d'un gouvernement libre, trad. par Leriguet, Paris, Buisson, 1792, t. I, pp.198 sv., où l'on rapporte les idées de Franklin sur ce principe. 55) Trad. publiée à Amsterdam, chez Arkstée et Merkus, 1773, in-12°. L'ouvrage (dont le titre courant est Observations sur la distinction des rangs dans la société) comporte cinq chapitres qui traitent successivement « Du rang et de la condition des femmes dans les différents siècles », « De la juridiction et de l'autorité d'un père sur ses enfants », « De l'autorité d'un chef sur les membres d'un village », « Du pouvoir qu'un souverain exerce sur une société étendue », « De l'autorité d'un maître sur ses serviteurs ». L'on rappellera ici que les compétences de Suard dans le domaine de l'ethnographie - que manifeste, par exemple sa traduction des Trois Voyages de J. Cook - excédaient, de très loin, les bornes de la curiosité. Suard, par exemple, fut l'un des protecteurs de Démeunier, dont il encouragea constamment les travaux. 56) Mss. Cahier 2, p. 135. 57) Sur ces principes « secondaires » de l'autorité, Suard se réfère essentiellement à Temple (An Essay upon th » original and nature of Government, in : Miscellenea, London, 1680, p.55 ou, pour une traduction française, in : Oeuvres Diverses, Amsterdam, I. Trojel, 1708, t. I, pp. 69 sv.). 58) Mss. Cahier 2, p.82. Suard renvoie ici à l'extrait que 59) Esprit des Lois, Part. I, Liv. I, ch. 3. 60) Ici encore, Suard s'inspire directement de Temple, qui n'admettait la possibilité d'états contractuels que dans la suite chronologique des régimes patriarcaux ou monarchiques : « Governments founded upon Contract, may have succeeded those founded upon Authority : But the first of them should rather seem to have been agreed between Princes and Subjects, than between men of equal Rank and Power » (An Essay..., éd. 1680, p. 76). 61) Mss. Cahier 2, p.28. Sur ce modèle, cf. notre Anthologie, pp. 290-304. 62) Cahier II, p. 91. Suard retrouve ici quelques-uns des arguments fondamentaux du Discours sur l'inégalité des richesses (Oeuvres, P., Pion, 1874, t. I, pp. 279 sv.) de Vauvenargues - qu'il connaissait par cœur. 63) Cahier I, p.2. 64) Cahier II, p.81. Mais Suard ne tient-il pas, avec Aristote, que la société précède l'individu ? 65) Cahier III, p.57. « Le Despote craint toujours, le peuple ne craint rien - poursuit Suard. Le Despote est obligé d'établir des règles générales de justice et de police ; le peuple n'en connoit aucune. Il ne suit que l'impulsion momentanée de ses passions ou de son caprice... ». 66) « S'il y avoit un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes ». (Du Contrat Social, Liv. III, ch. iv. In : Oeuvres completes, Paris, 1793, t. II, pp. 108-109). TEXTE DE SUARD (a) Nature du Gouvernement (b)
Notes, références, additions de Suard. a) Note sur l'édition. Nous donnons ici un très large fragment - tout le début - du IIe cahier du GOUVERNEMENT. Suard n'a introduit dans son texte aucune division. Les dissertations se suivent et s'intitulent invariablement « Nature du gouvernement ». Il était délicat de décider de l'endroit où interrompre le texte. L'ensemble des dissertations liminaires - publiées ici - consignent les principes généraux de Suard. Principes qui seront repris, commentés, développés dans les dissertations ultérieures - d'ailleurs plus franchement orientée vers une problématique économique. Elles nous semblent offrir une certaine unité logique. Nous respectons rigoureusement le texte de Suard. Nous avons cependant, pour la facilité du lecteur, rejeté en notes les additions, références, etc. ajoutées par Suard ultérieurement. b) ajouté, ultérieurement, immédiatement après le titre : Voy, une définition de la constitution et du gouvernement comparés dans c) en marge, aj. Ultér. : V. mon in 4° mss int. Révolution [1 mot illis.], art. Gardes Nationales 38. d) aj. ultér. : Voy. des Reflex. Sur e) aj. ultér. au bas de la p. : Tout ordre social est par la nature des choses un plan de défensive. Ce plan doit être combiné sur les vues et sur les moyens d'attaque, qui sont toujours proportionés à l'état des mœurs et à la population. f) aj. ultér. au-dessus de la p. : Opinion : Magis Fama quam vi Stant regum res Tacit39. g) Paragr., ajouté ultér. : Quelle oiseuse folie que de vouloir remonter aux origines de la société pour examiner quelle est la meilleure forme de gouvernement donné à un peuple. Qu'importe que le gouvernement naturel ait été le premier ou un autre. L'état social a changé tous les rapports de l'Etat naturel de chaque peuple suivant ses moyens de subsistance, ses habitudes de paix ou de guerre, sa population, sa situation etc. donnant une forme de gouvernement appropriée aux circonstances40. h) Note, aj. ultér. : Ed. Fowler, Eveque anglois41 du XVIIe siècle a fait un ouvr[age] : the end of the Christianismus, ou il veut prouver que le but de la relig[ion] Chrét[ienne] est de perfectionner le naturel de l'homme. Ce but doit être celui de la civilisation. The best [?] government. i) Note, aj. ultér. : Il faut nécessairement qu'il y ait dans tout gouvernement un pouvoir arbitraire. Le pouvoir législatif est toujours arbitraire. Voy. Le développement de ces deux propositions dans Sydney 's Discourses, § 45, p.50142. j) aj. ultér. : Chez un peuple qui auroit des moeurs simples, fortes et pures le gouvernement seroit une espèce de luxe. k) aj. ultér. : Epicure pensoit que le juste et l'injuste n'existent qu'en vertu des conventions et des lois. Hobbes et Spinosa 43 ont soutenu la même doctrine. Il faut tout raporter à un principe général, a l'intérêt commun. Un homme n'a pas le droit de faire du mal a un autre, car si un l'a tous l'ont ; et il est évident que tous ont un égal intérêt a ce qu'un tel droit n'apartienne a personne. Ce qui est bon pour tous est ce qui est essentiellement juste. La justice est un principe abstrait. Cr44. l) Paragraphe aj. ultér. : V. sur les principes de gouvernement la préface de l'ouvrage de J. Adams, Nature d'une Balance, à examiner. Vice des Démocraties - nécessité d'une subordination dans les rangs pour maintenir l'harmonie du tout. - Vice de Noblesse, etc.4S. m) aj. ultér. : Quidâm statim aut postquam regum pertaesum, Leges malverunt. Tacit. Ann. L. 346. (Revoir tout le passage s. l'Orig. du gouvernt). n) aj. ultér. : Les formes qu'a prises l'établissement de la propriété chez les différens peuples, ont déterminé partout les formes diverses du gouvernement. Ce principe est développé dans mon livre anglois, int. The principles of Asiatic Monarchies etc. by R. Patton. 1801. 8°47. o) aj. ultér. : T. Live dit de Rome Vi et armis conditam : elle dut se maintenir par les mêmes principes. p) Paragraphe aj. ultér. : Les Anciens faisoient entrer pour beaucoup le droit du plus fort, comme un principe de nature, dans la nature du gouvernement . V. dans Thucidide (livre V) la conférence remarquable entre les ambassadeurs d'Athènes et ceux de l'Isle de Milos, citée dans le Disc. prél. de q) aj. ultér. : Qui regit rex est, dit Grotius49. r) aj. ultér. : Le secret du gouvernement est de réunir et d'organiser les forces des gouvernans, et d'isoler et diviser les forces de gouvernés. Cr. Dans toute espèce de gouvernement, il ne peut y avoir d'autre règle a suivre et d'autre objet légitime a obtenir que le plus grand avantage de ceux qui sont gouvernés. - Le gouvernement étant en lui même une charge, les hommes ne peuvent s'y soumettre que par nécessité, ou pour un grand avantage. s) aj, ultér. : Dans les recherches sur la liberté d'une nation, il faut sans doute bien connoitre la forme extérieure du gouvernement mais il est encore plus important de bien connoitre la véritable distribution du pouvoir réel. Les gouvernements sont l'ouvrage de la force ; semblables aux traités faits entre les princes, ils ne subsistent que par l'énergie continuée de la force qui les a établis ; et l'on peut pose pour maxime que tout ce qu'on gagnera du coté de la forme, ne compensera jamais ce qu'on perdra du coté de la force réelle. Parallel between the Engl. constitut. and the gov. of Sw., p. 11350. Cette observation est importante. Aussi tout gouvernement ou les principes constitutionnels seront contrariés par l'usage continuel des forces que la nature des choses crée et soutient, ne pourra avoir ni tranquillité ni stabilité. Les idées de noblesse sont une autre force dans l'opinion. La propriété est une puissance naturelle dont l'énergie est continuellement agissante. Si On a beau fixer avec soin les droits d'élir, d'etre élus, de voter et de concourir a la législation. S'il y a dans les mœurs ou dans les opinions des principes d'action qui contrarie les formes établies pour l'exercice des pouvoirs politiques ; ces principes modifient tout. t) Paragraphe aj. ultér. : « Comme la volonté particulière agit sans cesse contre la volonté générale, ainsi le gouvernement fait un effort continuel contre la souveraineté. Plus cet effort augmente plus la constitution s'altère : et comme il n'y a point ici d'autre volonté de corps qui, résistant à celle du prince, fasse équilibre avec elle, il doit arriver tôt ou tard que le Prince opprime enfin le souverain, et rompe le traité social. C'est là le vice inhérent et inévitable qui, dès la naissance du corps politique, tend sans relâche à le détruire ». Anonyme51. u) aj. ultér. après les deux points : elle est vraiment supérieure, car le tout est plus grand que la partie. v) aj. ultér. : C'est ce consentement tacite ou explicite, qui constitue la souveraineté légitime. NOTES L’étude présentée ici a paru dans Lias, Sources and Documents relating to the Early Modern History of Ideas, vol. VI/2, 1979, pp. 199-236. Elle a été revue et corrigée pour la présente édition numérique. Une partie des notes présentées ci-dessous résultent des recherches de Mlle A.-M. Devaux qui, à ma demande et sous ma direction, avait préparé comme mémoire de fin d’études (1978) une partie du texte de Suard (Cf. A-M. Devaux, Gouvernement. Un manuscrit inédit de J.-B.-A. Suard. Edition et commentaire du deuxième cahier. ULg. U.D. de Philologie Romane) 1) Sur le thème de l’ « impraticabilité » du gouvernement démocratique simple, cf. p. ex. Montesquieu, Esprit des Lois, Part. I, Liv. VIII, ch. 16 (éd. du Seuil, 1964, p. 575) ; Rousseau, Du Contrat Social, Liv. III, ch. iv ; (Oeuvres compl., P., 1793, t. II, p. 107) ; d'Holbach, Système de 2) Suard mentionne ici l'opinion comme fondement actuel de la liberté, non comme son principe réel qui tient, lui, dans la raison. Cfr. Temple, Recherches, éd. cit. de 1708, t. I, pp. 73 sv. 3) Thème récurrent du discours économique. Suard semble se souvenir ici et dans les lignes qui suivent de Raynal, Histoire… du Commerce… des Deux Indes. Liv. I, « Introduction » (éd. de Neufchâtel, 1783, t. 1, pp. 5 sv.). 4) Ce paragraphe et les suivants sont tirés, parfois mot à mot, de Temple, An Essay…, éd.cit. de 1680, pp. 51 sv. (trad. de 1708, t. I, pp. 65 sv.). 5) A cet endroit se trouve inséré le f° 3bis/4bis, que nous transcrivons ici : « La fameuse devise des Romains : S.P.Q.R. contient le germe de toutes ces idées. Le peuple est l'état et le souverain ; le sénat est le chef de l'Etat ou le Gouvernement. Il n'y a dans 6) Cf. éd. orig. de 1680 cit., pp.53-54 : « But all Government is a restraint upon liberty ; and under all, The Domination is equaly absolute, where it is in the last resort... / ... That when vast numbers of man submit their lives and fortunes absolutely to the Will of one, it should be want of heart, but must be force of custom or opinion, the true ground and foundation of all Government, and that which subjects Power to Authority. For Power arising from Strength is always in those that are governed, who are many : But Authority arising from opinion, is in those that Govern, who are few ». (Pour une trad. franç., éd. 1708 cit., t. I, pp.67-68). 7) Nouvelle réminiscence de Temple qui ouvre son Essay sur des considérations similaires (éd. de 1680, pp.45 sv.). 8) Médecin et publiciste anglais (1620-1678). Il changea plusieurs fois de doctrine et se fit le défenseur, sous Cromwell des « démocraties simples ». Cf. note 9. 9) Référence à l'ouvrage de J. Adams : A Defence of the Constitutions of Government of the 10) Ce développement sur Les Trois Pouvoirs semble tourner court, puisque Suard n'y fonde la nécessité que de deux pouvoirs. La suite en a été rejetée dans le premier Cahier (pp. 39 sv.), où Suard traite longuement d'une Seconde Chambre - qui constitue le troisième pouvoir. 11) Suard rejoint, sur ce point, Rousseau : « il est contre la nature du corps politique que le souverain s'impose une loi qu'il ne puisse enfreindre ... Il n'y a ni ne peut avoir nulle espèce de loi fondamentale obligatoire pour le corps du peuple, pas même le contrat social ». (Contrat social, Liv. I, ch. VII, in : Oeuvres complètes, Paris, 1793, t. II, pp. 25-26). 12) « This distinction is plain in the forms of the old 13) Plusieurs des ouvrages suscités par les Observations du Dr. R. Price (Observations on the nature of Civil Liberty, the principles of Government and the justice and policy of the war with 14) John Dalrymple of Cranstown (1726-1810), Essay towards a General History of Feudal Property in Great Britain under various Heads, 1ère éd., 1757, rééd. « corrected and enlarged », 1759. 15) Lieu-commun de la politique des Lumières. On rappellera l'expression qu'en a donnée Voltaire (Dict. Philos., art. « Etats », in fine) ou Helvetius (De L'Esprit, Disc. III, ch. 17: « Faites que vos volontés soient conformes aux loix et non les loix à vos volontés » etc. (Oeuvres complettes, Londres [Lille, Lehoucq], 1780, t. II, p. 148)). 16) Cet « extrait » forme le ch. LIV de l'ouvrage de l'abbé Barthélémy. Il s'ouvre sur cette déclaration générale, imputée à Platon : « Ce n'est ni d'une monarchie ni d'une démocratie que je dois tracer le plan. Que l'autorité se trouve entre les mains d'un seul ou de plusieurs, peu importe. Je forme un gouvernement où les peuples seraient heureux sous l'empire de la vertu ». (Voyage du Jeune Anacharsis en Grèce…, Paris, De Bure, 1788, t. IV, p. 367). 17) Sur le principe que Suard entend préciser, cf. notam. Locke, Du Gouvernement civil, ch. VI, § xi sv. (éd. d'Amsterdam, A. Wolfgang, 1691, pp. 106 sv.) et Rousseau, Contrat Social, Liv. I, ch. vii (éd. cit. des Oeuvres, t. II, pp. 25 sv.). 18) Ou mieux Soame Jenyns (1704-1787) - duquel Suard avait traduit quelques essais dès 1761 (Journal Etranger, juillet). L'ouvrage allégué ici porte ce titre : Disquisitions on several subjects (London, 1782). 19) Le mss. portait orig. : 1783. Le 20) « Actes de sévérité » remplace dans le mss. « force », biffé. 21) « lorsqu'elle aura ou qu'elle affectera seulement la popularité » remplace « lorsqu'elle sera populaire », biffé. 22) Cette lettre accompagnait l'envoi d'un projet de Constitution au Congrès. On pourra la lire, en trad. franc, in t. II, pp. 305 sv. de l'éd. cit. de 1792 de 23) Pour Hobbes, cf. notre Anthologie, cit., pp. 305-309. 24) Cf. déjà Montesquieu : « Sitôt que les hommes sont en société ils perdent le sentiment de leur faiblesse ; l'égalité qui était entre eux, cesse, et l'état de guerre commence ». (Esprit des Lois, Part I, Liv. I, ch. 3. éd. cit., p.531). 25) Thème majeur de Grotius, Le Droit de 26) L'un des thèmes récurrents de 27) On le trouvera t. II, pp. 219-222 de l'éd. « des Fermiers Généraux » (Amsterdam, 1762). 28) A cet endroit se trouvent insérées les pp. 29bis à 31 bis qui formaient primitivement les pp. 53 à 56 du Cahier. Nous les transcrivons ici : « La source de tout pouvoir est dans la nation, puisqu'aucun pouvoir politique et civil ne peut être que la représentation des pouvoirs individuels de plusieurs membres ou de tous les membres de 29) Cornélius de Pauw - dont l'œuvre était familière à Suard (IIIe cahier, p. 143) - avait établi un long parallèle entre la nature du gouvernement de Lacédémone et la psychologie des Spartiates (Recherches philosophiques sur les Grecs, sect. x et xi ; Berlin-Liège, 1788, t. II, pp. 241 sv.). Suard allègue également De Buat, Observations sur le caractère de Xénophon, qu'il avait publiée dans ses Variétés littéraires, t. 4 (IIIe cahier, p. 142). 30) Cf. la n. 40. 31) Cf. la n.6. 32) Tout le développement des pp. 40-44 s'inspire directement de l’Essay de Temple. 33) Cf. Du Contrat social, Liv. I, ch. iii (éd. cit., t. II, pp. 99 sv.). 34) L'un des arguments développées dans les liminaires de l'Essai sur la législation et le commerce des grains (1773). 35) Cf. Du Contrat social, Liv. I, ch. vii « Du souverain ». 36) Cf. la note 28. 37) L'on pouvait déjà lire dans le Cahier I, p. 8 cette note : « Voy. une très bonne distinction de 38) Référence à une œuvre manuscrite perdue (?) de Suard qui sera encore alléguée ailleurs (p. ex. Cahier I, p. 35). 39) « C'est plus par l'opinion que par la force que subsistent les royautés ». 40) Suard se sépare ici de toute la tradition du Droit Naturel et de l'anthropologie culturelle (Hobbes, Spinoza, Pufendorf, Noodt, Locke, Rousseau, etc.) pour rejoindre Temple, Montesquieu, Voltaire mais aussi des « ethnologues » tels Démeunier et Millar (cf. p. ex. de ce dernier : « C'est par la voie des faits et de l'expérience, non par des théories abstraites et métaphysiques qu'on a cherché à connoitre la nature humaine, etc. » (Commencemens de la société, éd. cit. de 1773, p. viii). Il faut relever ici que le refus de la « métaphysique » au nom de l'expérience ou de l'histoire n'est pas sans dénoter un certain conservatisme. L'histoire entend fonder la logique des gouvernements actuels sur un déterminisme naturel qui les rende intangibles, et Millar note à propos que « rien n'est plus propre que ces recherches ... à réprimer cet esprit inquiet de réforme et d'innovation, où l'on s'abandonne dans les spéculations politiques ». (Id, p.X). L'on a relevé, cependant, que Suard n'avait pu exclure réellement les scénarios qu'il récuse ici. 41) Suard a revu la notice de 42) Les Discourses concerning Government d'A. Sidney (1617-1683), plaidoyer très élaboré en faveur de la démocratie, dirigé contre le Patriarcha du monarchiste R. Filmer, a été édité en 1698 et souvent réimprimé (1704, 1750, 1751, 1763, etc.). Il a été traduit dès 1702, par A. Samson. La section 45 du Ch. III, auquel se réfère Suard, porte en effet le titre suivant : « Le pouvoir législatif doit toujours nécessairement être Arbitraire, mais on ne doit point le confier à des personnes qui ne soient pas obligées d'obéir elles-mêmes aux Loix qu'elles font ». « Si l'on m'objecte - commente Sidney - que je defens ici le Pouvoir arbitraire, j'avouerai de bonne foi que je ne comprens pas comment aucune Société pouroit être établie ou subsister sans lui : car l'établissement d'un Gouvernement est un Acte Arbitraire qui dépend entièrement de la volonté des hommes ». (Discours sur le Gouvernement ..., trad. par A. Samson, 43) L'on peut considérer qu'il s'agit, en effet, de l'un des arguments fondamentaux du De Cive et du Tractatus Theologico-Politicus (spécial., le ch. XVI). L'on rappellera ici que Pufendorf s'était efforcé de le combattre (Droit de 44) Cette abréviation apparaît à plusieurs reprises dans les annotations. Elle semble désigner l'ouvrage de James Burgh, Crito, or Essays on various Subjects (1766), auquel Suard se réfère parfois d'une manière plus explicite. 45) Suard semble se référer ici, non à l'Introduction d'Adams lui-même, mais à 46) « Quelques unes (les Nations), dès les commencements, ou après s'être dégoûtées des monarques, préférèrent les Lois ». (Tacite, Annales, Liv. III, ch. xxvi. Trad. Dureau de 47) The principles of Asiatic Monarchies ... investigated and contrasted with those of the Monarchies of 48) La traduction de J.-Fr. Champagne est de 1797 ( 49) La thèse de Grotius n'est cependant point « qui regit rex est de jure. » Le Droit de 50) Oeuvre de J.-L. Delolme, A Parallel between the English Constitution and the former Governement of 51) Tout le passage cité ici forme le début du Xe ch. du Liv. III du Contrat social, int. « De l'abus du gouvernement et de sa pente à dégénérer ». Suard cite ailleurs le Contrat social sous le nom de Rousseau. On s'explique mal la fantaisie qui le lui fait donner ici à un « anonyme ».. Peut-être Suard l’a-t-il recopié d’un recueil alphabétique (L’ Encyclopédie Méthodique, Logique et Morale (1786 sv.) de Lacretelle, p.ex.) où les auteurs sont régulièrement cités de manière anonyme. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Edité sur le Web le 12 avril 2006. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Précédemment publié dans Lias, vol. VI/2, 1979, p. 199-236 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||